« Le Victoria s’éloignait peu à peu du Nil.
“Un dernier regard, fit le docteur, à cette infranchissable latitude que les plus intrépides voyageurs n’ont jamais pu dépasser ! Voilà bien ces intraitables tribus signalées par MM. Petherick, d’Arnaud, Miani, et ce jeune voyageur, M. Lejean, auquel nous sommes redevables des meilleurs travaux sur le haut Nil.”
Jules Verne, Cinq semaines en ballon
Guillaume Lejean, cartographe breton du XIXe siècle, a entrepris d’importantes expéditions, mû par un profond intérêt pour la géographie. Après une mission impériale aux sources du Nil en 1860, il s’est tourné vers la Turquie européenne (les Balkans), alors relativement méconnue. En 1856, il a proposé un projet ambitieux au ministère français de l’Instruction publique, visant à cartographier la région de la mer Noire à l’Adriatique avec des informations détaillées sur sa géographie physique, sa géologie, son ethnographie et ses voies de communication. Lejean a particulièrement souligné l’importance d’explorer la zone habitée par les Albanais de Kelmend, la considérant comme cruciale pour comprendre les aspects géographiques, physiques et ethnographiques de la région, ainsi que les routes historiques reliant le lac de Shkodër au lac d’Ohrid et au bassin du Vardar.
Le gouvernement français lui a confié six missions dans les Balkans, bien que son projet global soit resté inachevé en raison de sa mort prématurée et de la perte d’une grande partie de ses ouvrages cartographiques. Ses écrits survivants, rassemblés dans Voyages dans les Balkans (1857-1870), révèlent des visites dans le nord de l’Albanie en 1858 et 1869. Lejean, influencé par les géographes anciens, a reconnu l’utilisation continue des routes romaines. Bien qu’il connaisse le latin et le grec, son manque de langues locales et du turc l’a rendu dépendant d’interprètes, souvent des consuls français à Shkodër. Ses observations, rédigées dans un style à la fois scientifique et accessible, révèlent ses talents de conteur, apte à dépeindre les personnages, à transmettre les difficultés du voyage et à brosser avec vivacité les paysages, offrant ainsi une précieuse base pour la compréhension de ses itinéraires albanais.
Suivons maintenant les itinéraires de Lejean, tels qu’ils se dessinent dans ses récits consacrés au nord de l’Albanie.
Shkodër, la vue sur le lac et la vallée
L’itinéraire que nous suivons dans le Nord de l’Albanie fait partie du deuxième voyage de Lejean dans les Balkans, entrepris entre août et septembre 1858. En raison de la situation turbulente dans la région, le périmètre de ce voyage a été restreint : Croatie, Albanie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine. Lejean est parti de Dubrovnik (Raguse) à bord d’un vapeur Lloyd à destination de Bar (Antivari) et a continué vers l’est dans les montagnes des tribus autonomes. Il a suivi l’ancienne route jusqu’à sa destination, Shkodër, dont le dernier tronçon était accompagné du cours de la rivière Buna (Bojana), partiellement navigable. Néanmoins, «en face du village d’Obot [Hoboti], il y avait un banc de sable où l’eau n’avait jamais plus de trois mètres de profondeur, ce qui bloquait presque complètement la navigation.» Sa première rencontre avec Shkodër fut digne: «nous vîmes s’élever devant nous une colline solitaire, couronnée d’une grande forteresse vénitienne. Je la reconnus facilement sans l’avoir jamais vue. C’était l’idyllique Rozafa, la forteresse historique de Shkodër», au pied de laquelle Lejean traversa le centre commercial connu sous le nom de Pazari.
L’itinéraire que nous suivons dans le nord de l’Albanie fait partie du deuxième voyage de Lejean dans les Balkans, entrepris entre août et septembre 1858. En raison de la situation turbulente dans la région, le périmètre de ce voyage fut restreint à la Croatie, l’Albanie, le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine. Lejean partit de Dubrovnik (Raguse) à bord d’un vapeur de la Lloyd à destination de Bar (Antivar), puis poursuivit sa route vers l’est, à travers les montagnes des tribus autonomes. Il suivit une ancienne voie jusqu’à sa destination, Shkodër, dont le dernier tronçon longeait la rivière Buna (Bojana), partiellement navigable. Néanmoins, « en face du village d’Obot [Hoboti], il y avait un banc de sable où l’eau n’avait jamais plus de trois mètres de profondeur, ce qui bloquait presque complètement la navigation. » Sa première rencontre avec Shkodër fut mémorable : « nous vîmes s’élever devant nous une colline solitaire, couronnée d’une grande forteresse vénitienne. Je la reconnus facilement sans l’avoir jamais vue. C’était l’idyllique Rozafa, la forteresse historique de Shkodër. » Au pied de cette dernière, Lejean traversa le centre commercial connu sous le nom de Pazari.
Le lendemain matin, accompagné de M. Robert, je me rendis à la Colline, un superbe observatoire naturel qui me permit d’embrasser d’un seul coup d’œil toute l’étendue du site……
La description de l’auteur constitue une ressource précieuse pour un guide touristique, car elle offre une combinaison d’observations visuelles et de sensations susceptibles d’enrichir l’expérience des visiteurs. Telle que le voyageur du XIXe siècle l’a perçue, la Colline (en l’occurrence la colline de Tepe), continue aujourd’hui d’offrir une vue remarquable, riche en éléments d’intérêt pour l’observateur, le chercheur ou l’écrivain.
La description de Lejean souligne la Colline comme un lieu incontournable, notamment pour les panoramas qu’elle dévoile :
« Autour de nous s’étend une plaine de 27 lieues de long et de largeur variable, suivant généralement le cours de la rivière Morača, le lac et la Buna jusqu’à la mer.
Les sommets de la Colline et de Rozafa forment une petite chaîne de hauteurs schisteuses complètement isolées
dans cette plaine. En regardant vers le nord-est, on a une belle vue sur le lac, qui se termine en forme de cône vers le Monténégro, dont les hautes montagnes flottent dans la brume matinale. À droite, une chaîne de montagnes plus proche, et donc plus visible, montre ses pentes boisées où vivent les tribus pastorales et semi-indépendantes appelées les Sept Bajrak. Le mont Cukali, le plus méridional de ces sommets, révèle la profonde entaille où coule la rivière Drin, se séparant du massif fragmenté et sombre de Mirdita.. »
Essentiellement, cette description n’est pas seulement un panorama, mais une porte d’entrée vers une histoire et une culture riches, étroitement liées au paysage naturel. Un bon guide touristique peut tirer parti de cette description pour rendre la visite plus significative. La vaste plaine, longue de 27 lieues, transmet une sensation d’espace et de grandeur. Le guide peut expliquer l’importance géographique et économique de cette plaine.
La rivière Morača, le lac de Shkodër et la rivière Buna forment, dans la description de Lejean, un ensemble naturel unifié en un seul panorama. Un guide peut fournir des informations détaillées sur chacun de ces éléments, ainsi que sur les activités possibles (navigation de plaisance, pêche, observation des oiseaux) tout en soulignant leur importance écologique et historique.
Le lac, connu sous le nom de Blato par les Slaves et de Liqeni par les Albanais, s’étend comme un miroir calme, bordé à l’ouest par une crête grise, dont les dernières collines révèlent des promontoires rocheux et quelques villages de pêcheurs. À l’est, la plaine habitée par Buza e Ujit et Hoti se termine par une pente si douce qu’il est difficile de distinguer la limite entre l’eau et la terre. La terre se transforme en champs pendant l’été et en marais pendant l’hiver. Ici, nous rencontrons d’anciennes traditions lacustres, similaires à celles de la Grèce antique et des terres celtes modernes.
Les habitants locaux disent que le lac n’a pas toujours été aussi grand et que sur la rive est s’étendait autrefois une plaine couverte de villages, appelée Fusha e Proneve. Après qu’un tremblement de terre ait endommagé la région, cette plaine a disparu sous l’eau, et les anciens ajoutent que lorsque l’eau est calme, on peut voir les ruines des maisons et le sommet des arbres dans les profondeurs.
Les sommets isolés de la Colline et de Rozafa, que l’auteur décrit comme une « petite chaîne », offrent un cadre idéal pour créer un itinéraire reliant ces deux points. Ce parcours permettrait de mettre en lumière à la fois le contraste et la connexion entre eux. Le guide pourra ainsi explorer l’histoire de la forteresse de Rozafa, tout en soulignant l’importance de la Colline comme point d’observation stratégique et panoramique.
« En étudiant la belle plaine appelée la Plaine des Spahis, qui s’étend depuis la rivière au pied de la colline qui m’a servi d’observatoire, j’ai aperçu une rivière aux eaux boueuses, prenant sa source au coude du Drin et se jetant dans le Kir, lequel se déverse ensuite dans le lac, juste à proximité des zones de pêche. »
La vue vers le Monténégro constitue un point fort pour les visiteurs, particulièrement par temps clair. La sensation de « matin » et la « brume matinale » évoquées par Lejean créent une atmosphère unique et poétique. Le guide peut donc recommander de visiter la Colline aux premières heures du jour afin de vivre cette expérience sensorielle et contemplative, qui donne vie au paysage comme au récit.
La chaîne de montagnes boisée, décrite comme « plus proche et donc plus visible », invite les visiteurs à l’exploration. Ce massif offre de nombreuses possibilités de randonnées, la découverte de villages montagnards pittoresques, ainsi que l’immersion dans des zones naturelles préservées. Le mont Cukali, le plus méridional de ces sommets, se présente comme un repère visuel incontournable. Il « laisse voir l’entaille profonde où coule le Drin », une caractéristique remarquable qui peut servir de point d’orientation. Le guide peut ainsi mettre en lumière la vue spectaculaire sur les gorges du Drin, souligner l’importance écologique et historique de cette rivière, et suggérer des excursions en bateau ou des visites
de points de vue panoramiques offrant des panoramas sur le cours d’eau. La description de ce massif, qui « se sépare du massif fragmenté et sombre de Mirdita », crée un contraste saisissant entre paysages. Le guide pourra alors présenter les particularités de la région de Mirdita, caractérisée par un terrain accidenté et une histoire singulière, et expliquer la division géographique, voire culturelle, entre ces deux zones. Pour enrichir la visite, un itinéraire thématique peut être élaboré autour des lieux évoqués. La région des Sept Bajraks, notamment, pourrait faire l’objet d’un parcours combinant la découverte de villages historiques, des promenades en pleine nature, et des rencontres avec les habitants locaux.
Le chemin du voyageur
On peut suivre les traces du voyageur en visitant les lieux mentionnés qui ont marqué la mémoire de Lejean.
La rivière Vraka est ainsi décrite : « […] un ruisseau clair et beau, cette vallée si verte et si plate de loin, … où les lits des ruisseaux que nous rencontrons en chemin ne nous offrent que leurs ondulations de sable blanc éblouissant […] ». Cette description poétique de la rivière claire peut être enrichie par des informations sur son importance locale et les activités possibles aux alentours. Lejean compare cette vallée à la « Crau » albanaise, évoquant ainsi la Crau française ( région de Provence où se rejoignent les rivières Durance et Rhône, pour donner une idée du paysage à la fois aride et verdoyant. qui caractérise la vallée.
Përroi i Thatë (le Ruisseau Sec)
Alors que nous nous dirigions vers les plus belles formations rocheuses, nous sommes arrivés au bord d’un
magnifique abîme de quatre pieds de large et de six à huit lieues de long : Alors que nous nous dirigions vers les plus belles formations rocheuses, nous arrivâmes au bord d’un magnifique abîme, large d’environ quatre pieds mais long de six à huit lieues.
[..] c’était une de ces belles terreurs qui font vite oublier aux touristes toutes les difficultés qu’ils ont endurées. Nous pensions être sur un plateau crayeux couvert de quatre doigts de terre végétale et d’une véritable averse de pierres, mais c’était un ravin que l’on ne remarque que lorsqu’on y est et qui s’étendait dans les montagnes, à l’est, au pied de la célèbre Bjeshkët e Namuna. Le lit de la rivière asséché, [..] une bande de sable blanc qui serpente à travers le feuillage dense des arbres bordant les parois du ravin et élevant leurs cimes d’un vert éclatant… [..] La déception ressentie par le voyageur, que les caractéristiques générales du paysage avaient porté à espérer une belle rivière aux eaux claires sous ces beaux arbres, mais qui, penché sur l’abîme, ne voit que de petites vagues de sable et des blocs de rochers roulés par les eaux au fond, lui fait ressentir plus intensément la sécheresse de ce paysage durci. C’est le fameux ruisseau, Përroi i Thatë, avec lequel je me familiariserais intimement, car je devrais le suivre jusqu’à Bogë.
Le Përroi i Thatë fascine par son caractère insaisissable : ce ruisseau ne coule qu’un ou deux jours tous les dix ans,
uniquement à la suite de pluies exceptionnelles dans les Bjeshkët e Namuna. Ce phénomène rare attise la curiosité des voyageurs, mais aussi des chercheurs en géologie, qui y voient une singularité hydrologique liée à la structure karstique de la région. Non moins attrayante est la vallée de Dedaj, un bras de la vallée du Përroi i Thatë, connue pour ses formations rocheuses propices à la recherche de fossiles. Lejean lui-même espérait y découvrir des restes fossiles en abondance, selon les indications du géologue Viksent. Malheureusement, note-t-il avec regret :
« Le manque de connaissance de la langue albanaise me fit perdre cette aubaine, que peut-être les villageois m’auraient montrée. »
Le rappel de cette frustration scientifique, mêlé à la richesse potentielle du site, peut éveiller l’intérêt des visiteurs passionnés par la géologie ou la paléontologie. Une exploration sur les traces de Lejean pourrait ainsi combiner aventure, science et contemplation du paysage.
Bërzela, oasis cachées
La nuit tombait lorsque nous vîmes s’ouvrir devant nous un cirque [..] formé par deux ou trois ravins qui s’ouvraient dans le Ruisseau où chaque hiver coulaient des torrents impétueux causés par les tempêtes et la fonte des neiges. Les eaux, facilement absorbées par le sol calcaire poreux, accumulaient dans ce creux l’humus balayé des pentes de la montagne et augmentaient la fertilité, ce qui est clairement visible à l’abondance inhabituelle de cultures agricoles, d’arbres fruitiers, de grenadiers et de vignes sauvages. Au fond du cirque sont dispersées les maisons blanches du village de Bërzela (Bzhetë), le centre du clan et donc appelé Shkrel sur toutes les cartes. Il n’y a rien de plus beau à voir que la vallée de Bërzela, surtout en mai, quand la neige couvre encore les hauteurs voisines en même temps, et quand le feuillage sombre des forêts qui revêtent toutes les pentes raides se détache entre les sommets blancs et le vert doux de la végétation qui s’éveille dans la vallée.
Le paysage de Bogë, tout comme celui de Bërzela, s’étend dans le lit d’un ancien lac aujourd’hui asséché, conséquence du manque d’eau dans le Përroi i Thatë. La vallée présente une étrange succession de couches
horizontales, témoignant de périodes successives de sécheresse. Le village est disséminé sur la rive droite de la vallée, tandis qu’une église solitaire se dresse sur la rive opposée. La description de Bogë comme lit d’un ancien lac asséché, marqué par ces formations sédimentaires, en fait un lieu d’intérêt à la fois naturel, paisible et géologiquement remarquable. Le contraste entre la plaine de Shkodër, les zones montagneuses boisées et les vallées cultivées met en valeur la richesse et la diversité du paysage de la région.
La description des tribus pastorales et semi-indépendantes peut servir de point de départ pour un itinéraire historique, explorant leur histoire, leurs traditions et leur organisation sociale. Le guide peut inclure des visites dans les zones associées à ces tribus. La description du phénomène de la Gjakmarrja (vendetta) à Pulaj et Nikaj, bien que difficile, offre un aperçu de la réalité sociale de l’époque. La description intéressante des traditions religieuses syncrétiques à Koplik, telle que la dévotion des musulmans à Saint Nicolas et Saint Georges, est un détail unique qui peut être mis en évidence pour illustrer le syncrétisme religieux présent dans la région. La description de l’hospitalité à Zagorë met en lumière l’une des valeurs traditionnelles fondamentales des albanais. L’histoire de Çuka, le berger de Shkrel qui parle italien et sert d’interprète à Lejean, représente un exemple de montagnard intégré, témoignant des liens entre la région et le monde extérieur, ainsi que de la capacité d’adaptation de ses habitants.
« Une race de muscles et de cœurs de fer », écrit Lejean, mettant en évidence la force, l’indépendance et la résilience de la population montagnarde. L’image de bergers, parfois très jeunes, armés de fusils, reflète une culture dans laquelle les armes faisaient naturellement partie du quotidien. Ce trait peut être contextualisé dans l’histoire politique et sociale de l’époque. La typologie des montagnards Gheg, décrits comme grands, minces, aux visages fiers, illustre non seulement des caractéristiques physiques, mais aussi des différences culturelles marquées entre les populations des zones montagneuses et celles des villes ou des plaines.
Ce qui m’a frappé dès le début, c’était le caractère ancien [..] de tous les montagnards. [..] J’ai trouvé un peuple qui ne semble pas avoir changé depuis l’époque d’Hérodote. [..] des coutumes qui n’ont pas changé depuis l’époque des Seuthes ou des Hersobleptes. Les noms propres eux-mêmes soulignent cet état de fait. [..] les noms païens abondent. Je connais tous ces très braves guerriers nommés Bibë et Lepuri. Les femmes s’appellent Kuqja, Bjeshka, Lula, Prena, noms pittoresques. [..]
Des passages fascinants tirés du texte de Lejean peuvent être exploités pour illustrer divers aspects de la culture et de l’histoire locales dans le passé, mettant en lumière les évolutions et les permanences au fil du temps, notamment à travers des comparaisons avec la réalité actuelle.
Les voyages de 1869
J’avais fait de Shkodër le centre de mes entreprises topographiques, et c’est par une excursion préliminaire au nord-ouest que j’ai commencé. Je longeai d’abord le lac en direction de Kastrat, puis me rendis à Hot. De là, je remontai la vallée profonde et érodée du Cem Cem jusqu’à Grabom, que je suivis en gravissant jusqu’à la ligne de partage des eaux de Perdeleci. De ce point, je descendis dans la vallée de Gernçari,, qui me conduisit à Guci. Une heure plus tard, j’atteignis le sommet du plateau marqué sur les cartes sous le nom de Prokleti (Bjeshkët e Namuna). Depuis le bord sud du plateau, qui tombe à pic dans la vallée de Shala, j’empruntai un chemin vertigineux jusqu’à Okol centre de la haute vallée de Shala. Le lendemain, je gravis un sentier en zigzag jusqu’à Soresi (Qafa e Thores), et après deux heures de descente, j’arrivai à Bogë. Je traversai la montagne par une longue gorge appelée Përroi i Thatë, qui me mena jusqu’à la plaine près de Zagorë, d’où je regagnai Shkodër en passant par Koplik.
En prenant ce récit comme cadre, un guide touristique peut proposer une expérience riche et variée aux visiteurs souhaitant explorer Shkodër et les Alpes albanaises. Le choix de Shkodër comme point de départ et d’arrivée, à l’image de Lejean, offre un parcours naturel et cohérent. L’itinéraire suivi par l’auteur (Shkodër – route le long du lac de Shkodër – Kastrat – Hot – vallée de Cem – Grabom – Perdeleci – vallée de Gernçari – Guci – Bjeshkët e Namuna – Okol – Sores (Qafa e Thores) – Bogë – Përroi i Thatë – Zagorë – Koplik – Shkodër) constitue une base solide pour un circuit organisé ou une proposition destinée aux voyageurs aventureux. Il met en lumière la diversité géographique et naturelle de la région: lacs, vallées profondes, gorges étroites, plateaux montagneux et plaines.
La description de la vallée de Cem comme « profonde et érodée » peut inciter les visiteurs à s’y aventurer pour découvrir la richesse de sa formation géologique. La mention de la division des eaux à Perdeleci suscite l’intérêt pour
cette zone hydrologiquement remarquable. L’intégration de « Prokleti » (Bjeshkët e Namuna), ce plateau au nom évocateur, dans l’itinéraire met en avant le caractère spectaculaire du paysage et invite à des visites, tout en soulignant la nécessité de prudence face à la difficulté des terrains. Le « chemin terrifiant vers Okol » est un détail qui séduira sans doute les voyageurs en quête d’aventure, tout en illustrant l’isolement et la sauvagerie de la vallée de Shala.
Cet itinéraire invite non seulement à admirer les merveilles naturelles, mais offre aussi une bonne dose d’adrénaline grâce à diverses activités comme la randonnée et l’alpinisme, avec des ascensions de vallées et des montées en zigzag depuis le plateau. L’exploration des vallées de Cem et Shala ouvre la porte à la découverte des villages et de la culture locale. Les arrêts dans des villages tels que Grabom, Guci, Okol, Bogë, Zagorë et Koplik permettent de s’imprégner de la vie locale et de profiter de l’hospitalité traditionnelle.
Ce guide s’appuie sur l’expérience d’un des premiers voyageurs de la région, offrant ainsi une perspective historique précieuse. La comparaison entre les paysages et conditions de voyage décrits par l’auteur et ceux d’aujourd’hui met en lumière les transformations tout en soulignant les éléments de continuité. Une carte retraçant l’itinéraire de l’auteur constitue un support visuel précieux pour les visiteurs. Pour chaque lieu mentionné, le guide propose des informations complémentaires sur l’histoire, la culture, la nature et les activités possibles, ainsi que des conseils pratiques (équipement recommandé, options de transport, hébergement et sécurité) pour les voyageurs désireux de suivre ce parcours.














